Si on demande à des Manitobains, francophones ou anglophones, quel est l’événement incontournable de l’année, ils répondront d’une seule voix : Le Festival du Voyageur. Croyez-moi, j’ai fait l’expérience à mon arrivée à Winnipeg. Après plusieurs festivals, je dois dire qu’ils avaient bien raison. Les Manitobains ont réussi à transformer l’hiver en une célébration hors du commun.

À la découverte du Festival

Entrance to Festival du Voyageur 2019 at Fort Gibraltar

Je me souviens encore de mon émerveillement de ma première visite au Parc Whittier, le site principal de la plus grande fête hivernale de l’Ouest canadien. Des statues de neige, un mur de glace sur lequel les plus téméraires s’agrippent, des tipis autour de feux de bois qui crépitent, des tentes qui abritent une multitude de concerts. Et surtout des festivaliers qui s’agitent, la fameuse ceinture fléchée à la taille. Le froid de février n’entrave en rien leur volonté de s’amuser et de célébrer la richesse du patrimoine métis et franco-manitobain pendant une semaine et deux fins de semaine.

Cette année-là, je ne savais pas par où commencer : je voulais tout voir, tout entendre, tout goûter, tout essayer. À la fin de ces quelques jours de fête, j’étais conquise. Entre la danse traditionnelle, la musique d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, les mets d’antan et l’accueil chaleureux des bénévoles et des festivaliers, je savais que le Festival deviendrait pour moi aussi une tradition immanquable.

Il y a 50 ans…

C’est donc encore avec hâte que je me suis préparée pour le festival cette année. Plus enthousiaste même, car ce festival est très particulier : c’est le 50e. Une longévité impressionnante pour un projet lancé en 1967 par la Chambre de commerce de Saint-Boniface et mené par un groupe de Franco-Manitobains. Déterminés, ils souhaitaient raviver la tradition d’un festival d’hiver anciennement organisé par les jésuites et les pensionnaires de l’ancien Collège de Saint-Boniface.

Georges Forest, un fervent défenseur des francophones du Manitoba, et son épouse Anita arpentèrent même la province en costume d’époque avant d’entreprendre un voyage jusqu’au Québec pour promouvoir l’évènement. À l’hiver 1969, le Festival du Voyageur était né. Et à l’occasion du 50e Festival, une des tentes a même été renommée la Tente Forest en son honneur.

Plaisir des yeux et des papilles

À chaque festival je suis un peu plus impressionnée par le travail des sculpteurs sur neige et des sculpteurs sur bois. L’année dernière, j’ai découvert la sculpture sur fromage. Cette année, j’ai pu admirer des sculptures sur chocolat. Devoir me contenter de les regarder sans pouvoir y goûter a mis ma gourmandise à rude épreuve!

Mais ce ne sont pas les bonnes choses qui manquent au Festival. En sortant de l’exposition d’œuvres d’art en chocolat, j’aperçois plusieurs kiosques de nourriture. Poutine, queue de castor, mini donuts, faites votre choix. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Après un bon souper en musique, je me dirige vers la Cabane à Sucre, où la tire sur la neige m’attend. Je retrouve toujours mon âme d’enfant quand on me tend un bâton de bois pour que j’enroule moi-même le sirop d’érable durci sur son bloc de neige.

L’estomac bien rempli, je quitte la Cabane à sucre, mon attention saisie par une nouvelle tente à la forme atypique : Le Dôme. Grande première, le Festival du Voyageur propose maintenant une discothèque silencieuse. Ma curiosité est piquée. Trois canaux de musique différents, des écouteurs, une piste de danse, comment ça marche? Si vous voulez le savoir, rendez-vous au Festival pour la dernière fin de semaine ! Vous ne le regretterez pas.

Des souvenirs pleins la tête

C’est encore une fois avec des étoiles pleins les yeux et des souvenirs pleins la tête que je quitte le parc du Festival. Je compte bien profiter des derniers jours pour aller danser une petite gigue, manger une soupe aux pois et assister à d’autres concerts.

J’avais déjà vécu la ferveur du Festival du Voyageur. Mais cette année, j’ai senti ce petit quelque chose en plus dans l’air dès que j’ai passé le mur  de neige sculptée à l’effigie de Georges Forest à l’entrée du parc. Une trépidation, un bouillonnement, cette sensation que l’on ressent quand on sait qu’on est sur le point de vivre un moment inoubliable. Autour de moi, tout le monde semblait partager ce sentiment. Après tout, ce n’est pas tous les ans qu’on a la chance d’assister au 50e festival!

par Manella Vila Nova